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Mistral, l'IA française souveraine

· 10 minutes de lecture
Bastien Bonora
jeune padawan de l'informatique

Surfons un peu sur une vague déjà passée depuis très longtemps : l'IA. Je suis particulièrement lent à la détente, alors je ne m'y mets que maintenant ; après tout, il n'est jamais trop tard.

Petite introduction historique​

Je ne change pas mes vieilles habitudes, j'aime bien comprendre d'où provient tout ce que l'on a alors, un petit cours d'histoire

Les premiers travaux fondateurs datent des années 1940-1950 (oui oui, si tôt, très tôt même, on venait à peine de créer ce que l'on pouvait nommer ordinateur aka Enigma), avec les idées de Shannon (théorie de l'information en 1948) sur l'entropie de langage et les modèles de prédiction de mots, et Turing (1950) qui pose les bases théoriques de l'IA. Mais c'est dans les années 1960-1970 que naissent les premiers modèles statistiques de langage, comme les n-grammes (modèles de Markov appliqués au texte), conçus pour prédire le mot suivant dans une phrase à partir des n-1 précédents.

Ces modèles simples mais efficaces étaient initialement utilisés pour la compression de texte et la reconnaissance vocale, puis plus largement pour de la traduction automatique statistique (comme le système SYSTRAN en 1968 développé pour la commission européenne et l'US air force). L'objectif était pragmatique : automatiser la traduction entre langues sans recourir à des règles linguistiques manuelles, trop coûteuses à maintenir.

Dans les années 1980-1990, l’apprentissage automatique prend le relais avec les réseaux de neurones (notamment les RNN, Recurrent Neural Networks), capables de capturer des dépendances à longue portée dans le texte. Les travaux de Rumelhart et McClelland (1986) sur les réseaux à propagation avant (feedforward) et ceux de Elman (1990) sur les RNN ouvrent la voie à des modèles distribués du langage, où les mots sont représentés par des vecteurs (embeddings) apprenant leurs relations sémantiques. Ces avancées visaient à surmonter les limites des n-grammes, incapables de généraliser à des contextes non vus. Les applications cibles restaient la traduction, mais aussi la génération de texte et le dialogue homme-machine.

Mais alors d'où nous vient le tournant qui nous a amené aujourd'hui à utiliser des modèles que l'on nomme "LLM" ? Ce tournant s'est produit dans les années 2010 avec deux innnovations majeures :

  1. l'apprentissage profond (deep learning), popularisé par Hinton (2006) avec des architectures comme LSTM (Long Short-Term Memory) et GRU qui permettent entre autre les gradients évanescents dans les RNN, permettant d'apprendre des dépendances sur de longues séquences.
  2. L'attention introduite par Bahdanau et al. (2014) pour la traduction automatique, qui permet au modèle de se concentrer sur les parties pertinentes de la séquence d'entrée, améliorant radicalement les performances.

C'est en 2017 que Vaswani et al. (Google) publient "Attention is all you need", proposant l'architecture Transformer, qui abandonne les RNN au profit de mécanismes d'attention auto-régressifs et parallélisables. Cette architecture, conçue pour la traduction se révèle si efficace qu'elle est devenue la base des LLM modernes. Les premiers modèles BERT (2018, Google) et GPT (2018, OpenAI) exploitent cette architecture pour des tâches de compréhension (BERT, bidirectionnel) et de génération (GPT, unidirectionnel), en les pré-entraînant sur de grands corpus de texte (comme BooksCorpus, Wikipedia et bien d'autres de manière rarement légale) via des objectifs auto-supervisés (masked-language-modeling pour BERT et next-token-generation pour GPT).


Tout cela nous amène aujourd'hui, où les objectifs de traduction ont été dépassés depuis bien longtemps par notre société de consommation. Que cela soit de la génération d'image, de texte, de code, on a transformé cet outil de traduction par un outil capable de générer toute sorte de choses. Cet essor a été permis par la quantité de données avalées par ces modèles (toujours plus de texte emmagasiné, si bien qu'on estime aujourd'hui que tout internet est déjà utilisé pour l'entraînement de ces modèles) mais également la puissance et l'efficience des puces. Nous devons cette dernière partie grandement à Nvidia qui a su designer des puces particulièrement efficaces et a permis une baisse drastique du coût d'entraînement des modèles (devenu la partie la plus coûteuse des LLM).

Tout cela a par la même occasion permis une augmentation plus qu'impressionnante du prix des composants électronique, plus particulièrement de la mémoire informatique sous toutes ses formes (RAM, SSD, cache, toute sorte de mémoire). Si bien que beaucoup commencent à se demander s'il n'y a pas une forme de complot entre tous les grands fabriquants de puce qui leur permettrait de garder les prix au plus haut sans se concurrencer... D'autres médias en parleront mieux que mes quelques mots :

Et aujourd'hui alors ?​

Comme tout le monde je pense, je me suis rapidement pris d'affection pour ces outils particulièrement efficaces. En ce moment, la guerre des grands acteurs de l'IA se joue principalement sur plusieurs domaines :

  1. Celui qui répond le plus vite
  2. Celui qui répond de manière la plus réfléchie que l'on définit de plus en plus comme une forme "d'intelligence"
  3. Celui qui fait le plus sensation

Il est depuis un peu plus de 6 mois évident que la société Anthropic à l'origine de la suite de LLM nommé "Claude" est en tête sur chacun de ces domaines. Et je fais partie de ceux qui compte parmis ses utilisateurs les plus fidèles (à mon plus grand regret).

Et pour avoir testé leurs modèles de plus en plus souvent, je dois avouer qu'il est désormais compliqué de s'en passer. Et ce pour plusieurs raisons :

  1. L'efficacité. Être capable de faire quelque chose correctement et plus rapidement ne peut être que bénéfique pour nous ou pour la société pour qui on travaille. Un compromis gagnant gagnant.
  2. L'apprentissage. C'est probablement l'utilisation la plus intéressante selon moi, et là dedan Claude est plus que performant. Avant de devenir le grand remplacement des humains, l'IA est un outil. Un outil capable de faire ce qu'on lui demande, et pour apprendre de nouveaux concepts, de nouvelle méthode, c'est vraiment un outil particulièrement pertinent

Cependant à tout point positifs, ses points négatifs et il faut bien les connaîtres. Premièrement, dans cette guerre aux IA, la grande majorité des prétendants sont Etats-Uniens, et ce sont donc des sociétés qui ne sont pas fiable par définition. Je pense que les récents événements dans le domaine tel que la coupure récente des modèles phares de Claude ou du dernier modèle de chatGPT reflète parfaitement cela. Après tout on ne réinvente pas la poudre, on le saurait si les Etats-Unis étaient un État qui existait pour le bien du monde. Ses intérêts passent avant toute autre chose. Et donc, les données que l'on donne à ces entreprises, les réponses qu'elle génèrent peuvent et sont probablement déjà largement utilisées de manière illégale (contre la règlementation Européenne, les RGPD, l'IA Act, tout ça tout ça...).

Cette vision des chose reste largement à garder lorsque l'on utilise ces modèles. Que ça soit Claude chatGPT ou d'autres prétendants Etats-Uniens, tous resteront sous l'emprise de l'Etat.

Et mistral dans tout ça​

Oui, je suis long à introduire tout ça, mais mieux vaut du contexte pour parler du loup, car il ne fait pas l'unanimité.

Premièrement, je sais pertinemment que pour le moment Mistral ressemble plus à un modèle GPT3 qu'à un Opus de chez Claude. On peut le voir au travers de ses réponses interminables, son incapacité à se corriger, son utilisation plus que pénible des émoijis... Des signes qui montrent une seule chose : Mistral est loin derrière, et on peut le vérifier de par ses réponses que par son porte monnaie. Je vous laisse un avant goût de la apitalisation boursière des plus grands, puis je vous dit que le porte-monnaie de Mistral approximativement de 6.5 Milliards d'euros, là où OpenAI (852 Md$) et Anthropic (965 Md$) frôlent les 1000 milliards de dollars de valorisation privée, en préparation de leur introduction en bourse (IPO) prévue 2026-2027. Donc si je résume, je vous fais un article pour vous parler d'une IA Française souveraine qui n'a ni la puissance de calcul, ni les moyens financiers, ni la politique de son côté, mais de quoi je vous cause ?

Eh bien, on parle aujourd'hui de la seule société qui permet aux entreprises du monde entier de faire tourner son modèle de manière souveraine sans risquer une fuite de donnée ou une utilisation illégale de ces dernières. Mistral permet aux sociétés qui le veulent d'entraîner des modèles Customisés capable de tourner dans une infrastructure privée complètement hors ligne. Et cerise sur la gateau : Mistral est une société Française et donc est RGPD-compliant par défaut, que demander de plus pour garantir la sécurité de ses données ? Cela leur permet d'avoir des modèles pour aider ces entreprises dans tout un tas de domaine. Et ÇA, c'est une chose que seule notre belle petite société française sait faire.

Le placement de cette société se fait aussi dans le domaine open-source. Leurs modèles sont pour la plupart disponible en ligne et on peut tous les faire tourner sur des machines qui en ont la capacité. Vous allez me dire que beaucoup d'autres modèles sont open-source ou ont un placement similaire. On peut penser à juste titre à des modèles chinois tels que Gemma de Google, mais aucun n'a pour le moment cette présence qu'a Mistral sur le marché professionnel.

Une certaine gamme de modèle propriétaire (mistral Large par exmeple) ont vocation à être déployé en local dans les entreprise ou customisé directement dans l'interface web mistral studio.

Aujourd'hui être souverain est devenu au delà d'un simple mot une valeur essentielle. Avoir la capacité de sécuriser ses forces les plus importantes et les produire sans l'aide de quiconque est extrêmement important. De Gaulle nous l'a montré avec le nucléaire et Dassault avec l'aviation. L'IA est devenu une arme à part entière, regardez-donc Palantir... Une belle société utilisant l'IA pour optimiser les décisions de guerre. Quelle belle utilisation de la technologie n'est-ce pas ?

Mistral n'est peut-être pas la société la plus performante du moment, ni même la plus intéressante à utiliser et elle ne le sera probablement jamais, mais elle doit continuer d'exister ou nous serons une fois de plus à la merci des USA ou de la Chine comme nous le sommes toujours au niveau du cloud ou des solutions d'entreprise (Microsoft 365).

Dans ce domaine, nous ne pouvons que remarquer l'effort que fait le gouvernement de développer des solutions open-source pour ne pas dépendre des états-unis (LaSuite, Tchap et tous les outils qui s'en suivent). Cela montre une volonté forte d'être souverain en informatique. Cette partie se montre déjà par l'hébergement des services de l'Etat dans les infrastructures du ministère de l'intérieur. Mais elle se montre également par le parti pris de l'État de rendre ces solutions open-source. C'est littéralement une invitation toute faite aux entreprises privées de prendre des solutions développées par un État et de contribuer à leur développement !